Sept femmes racontent leur expérience de mère au travail

Sept femmes racontent leur expérience de mère au travail

L’égalité entre les sexes est un sujet qui est constamment abordé, avec des femmes qui subissent continuellement des humiliations et qui risquent le licenciement à cause de leurs grossesses, comme en attestent les témoignages des femmes présentés ci-après.

-Chloé du Vaud, âgée de 34 ans, travaille en tant qu’indépendante

En présentant son témoignage, Chloé n’a pas hésité à souligner le sentiment d’injustice ressenti. Elle rapporte qu’elle occupait un poste de cadre à l’Etat de Vaud depuis trois ans. Un poste qu’elle a pu décrocher au bout de nombreuses années d’études. Au début tout se passait très bien mais les choses ont basculé à sa première grossesse.

En effet son supérieur hiérarchique n’a pas hésité de lui poser un ultimatum : soit elle acceptait de continuer à 100% à sa reprise, soit elle démissionnait. Or pour elle, le plein-temps était inenvisageable car les frais à verser pour une crèche étaient au-dessus de ses moyens. L’autre option qui s’offrait était de subir une rétrogradation en bas de l’échelle, après avoir sacrifié tant pour atteindre la position actuelle. Chloé, qui évoluait dans un domaine très masculin, a anticipé une telle situation en lançant une activité indépendante en parallèle. Elle précise : «même si je m’en sors bien aujourd’hui, cette expérience m’a laissé un goût d’injustice, comme si je n’avais pas le droit de conserver deux choses qui m’étaient chères».

-Bérénice du Vaud, âgée de 33 ans, est en quête d’emploi

Cette jeune femme a dénoncé l’interrogatoire qu’elle subissait continuellement au sujet de ses projets de maternité. Bérénice qui, depuis l’entrée de son fils à l’école, s’est mise en quête d’un nouveau job, subissait un vrai interrogatoire sur ses projets d’avenir notamment en ce qui concerne son éventuelle grossesse et sa maternité, et ce dans les différentes agences d’emploi. D’ailleurs la question se rapportant à la maternité figure juste à côté de l’onglet maladie. Elle estime qu’une telle question est inadéquate étant donné qu’elle relève de la vie privée de la jeune femme. Bérénice a relevé que cette question tournait à l’obsession chez les employeurs depuis son mariage car le « risque » de maternité est devenu plus accru. Elle estime que le choix d’avoir un enfant ne peut condamner sa carrière. D’ailleurs elle n’hésite pas à le clamer haut et fort : «je suis encore jeune, je refuse de porter la culpabilité de la maternité».

-Lætitia de Genève, âgée de 28 ans, est employée dans une multinationale

La jeune femme est enceinte de six mois et elle appréhende la reprise du travail. Pourtant elle occupait son poste depuis quatre ans et elle adorait son job qui implique des responsabilités mais aussi de sérieuses opportunités. Ceci dit, l’ambiance s’est rapidement dégradée juste après l’annonce de sa grossesse. Le supérieur hiérarchique qui était jusque-là très amical se comporte différemment, à tel point qu’il lui refuse un 80% pour la fin de sa grossesse. Laetitia appréhende la reprise alors qu’elle devait se focaliser sur l’arrivée prochaine de son bébé. La jeune femme qui rêvait d’un deuxième enfant commence à hésiter à ce sujet car elle sent que son employeur ne l’acceptera pas.

-Delphine du Vaud, âgée de 32 ans, est employée dans une multinationale

L’appréhension est le mot qui caractérise la relation entre la jeune employée et son employeur. Delphine cache sa grossesse de son deuxième enfant à son patron et elle attend la fin du premier trimestre pour lui annoncer la nouvelle. Elle ne souhaite pas risquer de se griller une chance, mais elle s’attend à des négociations coriaces. D’ailleurs Delphine rapporte l’exemple de sa collègue à qui on a refusé la reprise du travail à mi-temps pour être licenciée, et elle ne souhaite pas vivre la même expérience. Elle remarque : « C’est incroyable de culpabiliser à l’avance pour quelque chose de naturel. Lorsque les hommes s’absentent pour leurs cours de répétition à l’armée, personne ne trouve rien à redire».

-Myriam du Valais, âgée de 30 ans, est auxiliaire de la petite enfance

La jeune femme était auxiliaire remplaçante dans une crèche et, au moment de sa grossesse, la directrice en charge à ce moment lui a fait signer un CDI. Mais depuis la direction a connu quelques changements et à la fin de son congé de maternité, elle n’a plus eu de nouvelles de son employeur. Myriam qui prévoyait de faire garder son bébé et de reprendre le travail a vu ses projets chamboulés. Après maintes insistances, la nouvelle directrice lui a expliqué que son contrat allait expirer et qu’elle devait quitter ses fonctions dans un délai de trois mois. Le choc était tel, et la jeune maman a précisé : « J’ai tenté de m’accrocher, je voulais à tout prix qu’ils reconnaissent leur erreur. Ça n’a pas marché, j’ai fini en arrêt-maladie pour dépression».

-Chantal de Neuchâtel, âgée de 33 ans, travaille en tant que décoratrice

Chantal ressentait une angoisse insoutenable à son arrivée au travail. La raison est qu’elle est tombée enceinte alors qu’elle travaillait depuis moins d’un an dans un centre commercial. Déjà ses collègues la blâmaient de leur avoir fait un sale coup, depuis elle vivait dans l’angoisse chaque matin en arrivant au boulot. La jeune femme désirait travailler à mi-temps après son congé de maternité mais la proposition a été rejetée immédiatement par son employeur. Chantal rapporte qu’on lui a dit: «On peut te proposer un poste de caissière à 50% mais entre nous, tu ferais mieux de te mettre au chômage». Elle a été licenciée juste après son congé de maternité, dès lors elle s’est mise en quête d’un nouveau poste. Hélas lors des entretiens d’embauche, c’est la question récurrente sur la possibilité d’une nouvelle grossesse qui se pose. Désirant être une maman pour la deuxième fois, la jeune femme l’a expliqué clairement mais elle n’a pas pu décrocher un autre job. Depuis elle travaille en tant qu’indépendante, même si financièrement parlant, ce choix est difficile, elle estime qu’elle a pu au moins gagner son indépendance.

-Cécile de Soleure, âgée de 35 ans, est ingénieur chimiste travaillant dans le domaine de la production de cosmétiques pour bébés

Le découragement est le mot qui a marqué Cécile qui a travaillé en 2007 pour une entreprise d’horlogerie suisse. Au bout de six mois elle a annoncé sa grossesse, ce qui n’était pas du goût de son employeur qui lui a demandé immédiatement à quel pourcentage elle comptait travailler. Cécile prévoyait de rester active mais elle n’avait pas la possibilité de confier le bébé à de la famille et les options de garde l’obligeait à réduire ses heures de travail. Certes l’entreprise lui a accordé un pourcentage de 60% mais le climat général au boulot s’était dégradé après la reprise. En l’absence de reconnaissance, elle se sentait de plus en plus démotivée. Elle a été convoquée pour un entretien avec les ressources humaines pour lui signifier son manque d’implication dans son travail et la nécessité de démissionner en contrepartie d’un bon certificat. Ayant un enfant en bas âge mais pas d’encouragement, la jeune femme a dû démissionner. Cécile se rappelle : «au moment où je faisais mes cartons, mon patron est venu me voir pour me dire que ce serait mieux pour mon enfant, car il serait moins souvent à la crèche. Je suis restée sans voix».