Formateur occasionnel, pas évident !

Formateur occasionnel, pas évident !

Mon entreprise m’a sollicité il y un an pour former des jeunes entrants. Je suis ce que l’on peut appeler un formateur occasionnel.

J’aime bien la formation dans une salle dédiée, en contact direct avec les stagiaires que l’on nomme « apprenant(e)s » dans le jargon de l’organisme de formation de ma société.


Introduire une modalité à distance

Depuis peu, on me pousse (avec une insistance douce) à introduire de la distance dans ma pratique. Je comprends que ma formation ne se déroule plus uniquement en présence, qu’il y a des moments « à distance » durant lesquels je ne suis pas en présence physique de mon public. 

Je lis sur la Toile que l’on parle de formation hybride ou de blended learning : de la présence en salle et des moments à distance.

Je ne saisis pas bien ce que l’on me demande. Et puis, que faire à distance ?

Je suis habitué au stage dans un lieu physique. Un bâtiment, une salle de formation, un formateur, un groupe de stagiaires…

Je prends le taureau par les cornes, parce que j’aime bien faire ce job qui m’apporte des satisfactions et un peu de beurre dans mes épinards (sous forme de primes).

Je choisis une séquence pédagogique qui « marche » bien. J’entends par là que j’ai le sentiment que les apprenant(e)s aiment bien les contenus et la façon dont je les aborde.

J’ai un peu mes routines, des ficelles que je tire qui me laissent l’impression que tout roule, que les personnes apprécient mes interventions.

Je réfléchis à ce que je peux mettre à distance. Ce qui me vient en premier à l’esprit, ce sont des contenus à lire envoyés par courriel au format PDF par exemple. Les personnes lisent le document avant de venir en journée présentielle. Elles font ainsi une activité en amont de la date prévue du regroupement, elles ne sont pas blanches comme neige, ignorantes des contenus que nous allons aborder.

Je n’aime pas beaucoup entendre « Je ne connais pas du tout le programme du stage » lors du tour de table de présentation !

J’ai lu des trucs récemment sur la « classe inversée ». Ça doit s’en approcher… Je n’ose pas trop demander à des collègues chevronnés de peur de passer pour un béotien de la pédagogie !

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Pédagogie, quid ?

« Pédagogie », c’était un mot bizarre pour moi. Je commence à m’intéresser à ce domaine, car je sens bien que se mettre en situation de former des personnes adultes n’est pas si évident que cela. La façon de s’exprimer, de bouger, de s’adresser au public, … Mais aussi quid des contenus à faire passer ? Quelles activités mettre en place ?

Je flippe un peu avant chaque début de stage ! Vous connaissez la petite boule au ventre, la bouche un peu sèche, la voix blanche ?

Au début, j’ai commencé par des diaporamas dont j’avais particulièrement soigné les contenus. J’ai vite perçu, après vingt minutes d’exposé, une certaine lassitude dans la salle. Surtout en début d’après-midi après le repas ! Les gens sont polis, ils essaient de ne pas montrer qu’ils ont du mal à rester les yeux ouverts, mais ça se voit quand même.

J’ai conscience maintenant qu’il faut que les apprenant(e)s soient en activité, en responsabilité de leur formation. Du genre, voilà le diaporama que je viens de présenter, trois diapositives sont vides : à vous de les compléter par groupes de deux ! Vous viendrez les présenter au groupe…

Effectivement, ça change tout ! Le dialogue s’installe et moi je me mets en retrait. Je me rends compte que mon rôle n’est pas de fournir les choses toutes crues mais plutôt d’être un catalyseur des apprentissages. Je croyais qu’il suffisait d’être un expert du domaine à enseigner. A priori, ça ne suffit pas du tout.

Pour le distant, je tâtonne avec le courriel, car la plateforme de formation annoncée par la Direction n’est pas encore opérationnelle.

J’envoie un document par email, une consigne de travail. La personne est invitée à me faire un retour par le même canal.

Bien vite, des personnes me contactent, car elles ne comprennent pas tout ce qui est écrit dans le fichier PDF. C’est vrai que certains passages sont un peu compliqués.


Outils numériques, pas facile !

Il y a aussi des soucis dans la manipulation des outils numériques. Tout le monde n’est pas expert dans ce domaine, loin de là. Moi aussi d’ailleurs, je perçois mes limites d’utilisation. Je ne suis pas très à l’aise avec les fichiers, leurs types, leur stockage sur mon ordinateur. Et puis les versions de logiciels ne sont pas toujours compatibles les unes avec les autres. Les apprenant(e)s ne peuvent peut-être pas lire mes fichiers Word ?

Bon, encore une nouvelle corde à mon arc, ça promet du pain sur la planche. J’aide mes ouailles par email et parfois directement au téléphone. C’est sympa à faire, la relation est directe, personnalisée. Mais ça prend du temps. Mon épouse me demande si je suis payé pour faire cela… Oups !


Evaluation, mon talon d’Achille

Il y a aussi un point sur lequel je ne suis pas du tout à l’aise, c’est l’évaluation. La fiche fournie un quart d’heure avant la fin de la journée me laisse un peu perplexe. Les stagiaires la remplissent vite fait, car leur train n’attend pas, le petit à prendre à la crèche non plus. 

Je vois bien qu’ils cochent les cases rapidement en veillant à ne pas mettre le formateur dans l’embarras. Il y a quelques lignes à remplir, certains écrivent « RAS » ! Rien À Signaler !

Bon, chaque chose en son temps, je vais bosser sur l’évaluation. Je furète sur Internet et me rend compte que c’est un vaste sujet.

Je me rappelle les interrogations écrites durant ma scolarité : 4 sur 6, « Peut mieux faire ». J’en fais quoi de cette appréciation ?

Des amis, des collègues me disent que je fais un nouveau métier. Je ne sais pas si c’est vrai, mais en tout cas, ça m’intéresse drôlement !

Jacques Cartier

  • Consultant Expert International
  • Enseignant honoraire à l’Université de Franche-Comté
  • Master en Ingénierie Pédagogique dans des Dispositifs Ouverts et à Distance
  • Unité de Formation et de Recherche Sciences du Langage, de l’Homme et de la Société – Besançon – France
  • Ancien Expert pour la Mission Numérique pour l’Enseignement Supérieur français – Paris