Les Fondamentaux de l’Investissement Boursier (selon Warren Buffett)

Les Fondamentaux de l’Investissement Boursier (selon Warren Buffett)

Warren Buffett est une légende des marchés boursiers et les investisseurs peuvent faire difficilement mieux que ce milliardaire.

Plusieurs spécialistes et auteurs ont essayé de déchiffrer les secrets de l’oracle d’Omaha en vue de les réunir dans un livre.

Certains ont même tenté de décoder les principes de gestion adoptés par Buffett en déchiffrant la correspondance adressée par le milliardaire à ses partenaires.

C’est justement le cas de Jeremy C. Miller qui est gérant de fond et qui s’est penché sur les lettres de Buffett depuis les années 60.

Une étude qui a abouti sur le fait que le célèbre investisseur a utilisé les mêmes principes de bon sens pendant de nombreuses décennies.

La correspondance analysée dans l’ouvrage date de la période où l’investisseur américain ne gérait que des montants relativement modestes.

C’est la raison pour laquelle, les stratégies utilisées à cette époque sont plus pertinentes pour les individus souhaitant investir, beaucoup plus que les méthodes suivies désormais.

Jeremy Miller précise que les stratégies employées par Buffett sont très simples. Mais son génie se matérialise à travers la prise des bonnes décisions en matière de placement.

Il serait donc intéressant de prendre note sur la façon dont Buffett mesure la performance de ses placements et la manière lui permettant de repérer les structures avec des actions sous-évaluées, ainsi que la démarche qu’il a suivi pour devenir milliardaire.

Dix idées-clés

  • Buffett n’a jamais écrit un ouvrage au sujet de l’investissement, mais sa correspondance avec ses partenaires peut constituer une feuille de route de sa manière de penser.
  • Il a débuté ses premiers investissements avec les capitaux de sa famille et de ses amis.
  • Le montant qu’il a placé lors de ses débuts en 1956 ne dépassait pas les 105 000 dollars pour atteindre les 7 millions de dollars au bout de quelques années seulement.
  • Sa principale préoccupation est sa performance relative et non pas absolue, avec comme objectif de dépasser le Dow Jones.
  • Il est un disciple de Benjamin Graham qui a mis la base de l’investissement dans la valeur.
  • Il privilégie l’investissement dans les entreprises dont les modèles d’affaires sont peu attractifs mais recèlent de la valeur et qu’ils désignent souvent comme les mégots de cigarette.
  • Le portefeuille d’actions de Buffett est varié et il regroupe une société de cartographie, aussi bien qu’un fabricant de matériel agricole.
  • L’évolution de sa stratégie d’investissement des mégots de cigarettes vers des entreprises de qualité.
  • L’acquisition de titres de sociétés comme Amex et Disney.
  • Les fondamentaux de la méthode de l’investisseur sont inchangés depuis de nombreuses années.

Les fondamentaux de l’investissement en bourse d’après Buffett

Les débuts de l’investisseur

Buffett se distingue par son génie en pratiquant le stock-picking ou la sélection des actions. Avant la création de sa fameuse entreprise le fonds d’investissement Berkshire Hathaway, il a préparé l’affaire avec un track record.

Pour ses débuts, il a placé le capital collecté auprès de sa famille et ses amis. Ses derniers ont composé le comité de direction du premier fonds qu’il a fondé en 1956 alors qu’il n’est âgé que de 25 ans.

Grâce au génie de Buffett sa famille et ses amis ont pu profiter de l’investissement dans Buffett Associates Ltd qui réalise une performance dépassant le marché avec un rendement annuel net de 24%.

Quelques années plus tard, les 105 000 dollars investis se sont valorisés pour atteindre les 7 millions de dollars. En 1999, Buffett a déclaré lors d’une interview, qu’il lui était aisé de dépasser la performance du Dow Jones, alors qu’il gère des montants relativement modestes.

D’ailleurs, il n’a pas hésité à préciser qu’il s’agit d’un avantage structurel incroyable de ne pas avoir beaucoup d’argent à gérer.

Plusieurs voient en Buffett un mentor ou un modèle à suivre, seulement cette démarche est inutile, car l’investisseur gère des milliards au moment où l’investisseur individuel ne dispose que de quelques centaines de milliers d’euros.

Cependant, il serait judicieux d’apprendre de la sagesse et des tactiques de ses débuts au moment où il ne gérait que des ressources limitées.

Conseils indémodables et intemporels

Le courrier échangé entre Buffett et ses partenaires était juste et éclairé. Certes il n’a jamais écrit de guide d’investissement, mais ses lettres peuvent constituer la forme la plus proche d’un manuel d’investissement écrit par le milliardaire américain.

Les principes fondamentaux adoptés par Buffett se résument comme suite :

  • La relativité de la performance : le but de Warren est de dépasser la performance de Dow Jones, qui était une référence pour lui ou un critère d’évaluation soit le Yardstick. Ainsi lorsque le Dow Jones enregistre une baisse de 10% sur une année, alors que les placements de Buffett ne chutaient que de 5%, pour lui il s’agit d’une victoire. D’un autre côté, il ne se satisfait pas d’un rendement de 20% si le Dow Jones réalise 25% sur une année. Il accepte les critiques de ses partenaires s’il fait moins bien que le Dow Jones.
  • Avoir une vision sur le long terme : les performances à court terme ne préoccupent guère l’investisseur américain, qui estime que pour faire une comparaison valable et juste il faut se placer dans un horizon de 3 ans minimum.  Pour les marchés marqués par une forte spéculation, il établit son jugement sur la performance au bout de 5 ans.
  • Le choix d’une société pas de son marché : il est parfaitement inutile de prévoir la tendance d’une économie ou d’un marché. C’est une hérésie absolue. Dès lors Warren choisit de se focaliser plus sur la quête d’entreprises proposant des produits solides et qui sont gérées par des dirigeants de qualité. En même temps, il s’assure que ces sociétés sont sous-évaluées au niveau de la bourse. Buffett pense qu’une tendance haussière en bourse est profitable à toutes les actions. Mais il n’est guère possible de deviner la direction du marché.
  • C’est pourquoi il choisit d’exploiter sa capacité d’analyse de manière optimale pour prendre les meilleures décisions d’investissement possibles. Il privilégie l’analyse fondamentale pour déterminer si les actifs de la structure valent plus que la valeur du marché ou non.

Aucune compétence pour la prévision de la tendance de la bourse

Le milliardaire américain rappelle qu’il ne dispose d’aucune aptitude ou capacité à prédire la tendance du marché boursier. C’est ce qui explique qu’il n’aime pas défier ses partenaires qui peuvent juger ses décisions après une correction du marché.

A ce propos Warren Buffett a écrit une fois, alors qu’il est pris d’assaut par des investisseurs qui prédisent que les actions vont poursuivre leur chute qui a débuté il y a quelques mois, en commentant : «S’ils savaient en février que le Dow allait sur les 865 points en Mai, pourquoi ne m’ont-ils pas laissé investir à ce moment-là ? ».

Ses actionnaires étaient incapables de prédire la tendance du marché trois mois plus tôt, alors comment peuvent-ils prétendre avoir une telle clairvoyance maintenant ?

Les intérêts composés

Buffett se chargeait souvent de la formation de ses partenaires aux fondamentaux de l’investissement et son thème de prédilection porte sur la puissance des intérêts composés.

Illustration graphique à l’appui, il leur explique comment l’argent peut être fructifié au fil du temps.

En partant sur un capital de base de 100 000 dollars et un taux de rendement annuel de 4%, au bout de 10 ans, le montant capitalisé est de 148 024 dollars et au bout de 30 ans il atteint 324 337 dollars.

Avec la même somme de départ, mais cette fois un taux de rendement de 16%, le capital sera de 8,5 millions de dollars au bout d’une trentaine d’années.

Avec de tels exemples l’investisseur expliquait à ses actionnaires

Le potentiel de sape des frais et des impôts en matière de création de richesse. Le plus petit changement dans les taux peut avoir un impact important sur les sommes générées avec le temps.

Il démontre à ses partenaires que les 24 dollars versés pour acquérir l’île de Manhattan valaient en fait 12,5 milliards de dollars en 1965 avec un rendement annuel de 6,12%.

De la même manière elle explique que le tableau Mona Lisa qui a été cédé en 1540 contre 20 000 dollars aura comme valeur un quadrillion de dollars dans les années 60.

Testament de Buffet

Si Buffet faisait confiance à ses aptitudes et compétences, il n’était pas confiant en celles des autres gérants de fonds.

Une lettre qu’il a adressé à ses actionnaires et qui a été publiée en 2013 précisait qu’il avait laissé des instructions bien claires pour son testament, et qui portaient sur la répartition de sa fortune en adoptant une allocation d’actifs très simple.

Après son décès il souhaite que 10% de ses fonds soient investis dans les bons de trésor américains à court terme soient les T-Bills, alors que le reliquat doit être placé dans le fonds indiciels côté Vanguard S&P 500.

C’est ainsi qu’il exprime son manque de confiance dans les aptitudes des gérants de fonds actifs.

Difficile de battre le Dow Jones

Le milliardaire américain qui a réalisé les meilleures performances jamais atteintes dans l’histoire de la bourse, n’hésite pas à préciser que battre le Dow Jones n’est pas une partie de plaisir comme il l’avait d’ailleurs précisé en  1962, dans un courrier adressé à ses partenaires.

Il a soulevé les différents défauts dans la prise de décision par les institutionnels et les fonds de pension.  Il a signalé qu’il leur était pratiquement impossible de prendre des décisions permettant de viser des placements rentables.

En général, la majorité des investisseurs peuvent réaliser de bonnes performances en adoptant des stratégies de placement passives à l’instar de celles des fonds indiciels, qui ne font que dupliquer la performance d’un panier d’actions, au lieu de miser sur des fonds suivant une stratégie active et dont le gérant choisit le même les titres dans le but de battre le marché.

Warren Buffett a délaissé le Wall Street pour opérer depuis le Nebraska, en n’appliquant pas les mêmes frais que ceux des hedge funds et autres fonds.

A ce propos les professionnels du placement perçoivent 2% des frais d’entrée indépendamment de leur performance. Tandis que les hedge funds conservent 20% des gains sans tenir compte la performance de leur indice de référence.

De son côté Buffett a décidé d’appliquer une approche différente, qui consiste à ne faire payer des frais de gestion à ses actionnaires que si les rendements annuels dépassent le seuil de 6%.

Il conservait alors 25% des gains réalisés dépassant le seuil fixé initialement. La politique des frais de Buffett est simple,  il n’était payé que pour ce qu’il faisait.

L’investisseur n’était pas un adepte du trading à court terme, il préfère rester à l’afflux des bonnes opportunités. Il croyait fortement que les investisseurs peuvent réaliser des profits sur le marché boursier, s’ils n’avaient le droit d’acheter des valeurs mobilières qu’une dizaine de fois dans leur vie.

C’est la meilleure façon d’après lui de les obliger à n’acquérir des actions qu’après mure réflexion. C’est ce qui explique le choix de Warren Buffett à acquérir des actions de qualité, qu’il a gardé par la suite pour une longue durée.

L’investissement dans les structures délaissées

Buffett est réputé pour ses investissements dans la valeur.  Il a étudié Mood’ys Manuals en quête des actions de sociétés sous-évaluées et ce avant l’arrivée de l’internet. 

Il était à l’afflux des actifs sous-jacents d’entreprises dont la valeur est inférieure à celles des capitalisations boursières de ces structures. En général il les désignait comme étant les mégots de cigarettes détrempés, à savoir les sociétés qui n’attiraient pas les investisseurs.

Buffett était l’un des rares chasseurs d’opportunités qui allaient au-delà des apparences nauséabondes de ces entreprises. Grâce à cette approche défensive, l’investisseur américain n’a subi aucune moins-value.

Il faisait preuve de patience dans l’attente d’une revalorisation de ces actions pour les revendre au moment opportun. Il lui arrivait d’acquérir plusieurs actions de petites structures, au point d’en prendre le contrôle.  

Dans les années 50, Buffett a acquis plusieurs actions de Sanborn Map qui a été délaissée par les investisseurs, alors qu’elle possédait un portefeuille conséquent d’investissements, mais qui n’était pas évalué convenablement.

Il a pu enfin démembrer la structure pour réaliser des gains importants.

Le cas de Dempster Mill

Le milliardaire avait pris pour habitude de ne jamais parler de ses placements jusqu’à leur réalisation. Avec le temps, la réputation de Buffett n’était plus à faire, mais avec, les bonnes affaires deviennent de plus en plus rares.

N’empêche il continuait à en dénicher. L’une de ses trouvailles dans Moody’s Manuals fut Dempster Mill, spécialisée dans la fabrication de matériel agricole du Nebraska.  Cette entreprise a connu une chute drastique de la valeur de ses actions qui ont perdu 75% de leur prix en une année.

Les créanciers harcelaient la structure qui a tout perdu. Et pourtant Buffett a senti le potentiel de la société et il a compris que les difficultés rencontrées étaient dues à une mauvaise gestion des stocks.

En 1961, il est devenu actionnaire majoritaire de la société pour recruter un spécialiste de la rotation des stocks à savoir Harry Bottle.

Ce dernier va mettre une stratégie performante visant la réduction des excédents de stocks. Il a peint une ligne de 10 pieds séparant le sol et le haut des commandes. Il avisa ensuite le responsable de l’entrepôt qu’il va licencier les employés chargés des expéditions, si la ligne tracée n’était plus visible au-dessus des boites de produits, et ce jusqu’à la réduction des stocks.

Et graduellement il a baissé le niveau de la ligne. Ce qui a permis de résorber le stock excédentaire, qui va passer de 4 millions à 1 million de dollars. La structure va même réviser à la hausse ses prix des pièces détachées sans que ceci n’impacte le volume de ventes.

Permettant ainsi à la société de générer plus de profits. Buffett a réalisé d’importants gains avec Dempster Mill grâce à une gestion de stock efficace, doublée d’une bonne optimisation fiscale.

L’investissement dans la valeur fondamentale

La crise économique de 1929 a causé la ruine de Benjamin Graham, mais cet évènement va lui permettre de développer une théorie de l’investissement, fondée sur la minimisation du risque, en investissant dans la valeur fondamentale.

Il s’est mis en quête de sociétés, avec une valeur de liquidation dépassant celle du marché. Il a expliqué cette approche dans Security Analysis en collaboration avec David Dodd et qui est considéré comme l’un des classiques de l’investissement.

De son côté Buffett, a été grandement influencé par Benjamin Graham, ce qui lui a permis de développer sa philosophie d’investissement en s’inspirant de la stratégie défensive de Graham et qui permet de réduire voire d’éviter les pertes.

Le milliardaire américain va acquérir les actions de Commonwealth Trust Co.

Cette décision était prise après l’évaluation de la valeur intrinsèque réelle des titres et qui était estimée à 125 dollars au moment où ils étaient cotés en bourse pour 50 dollars.

L’investissement dans les mégots de cigarette s’est révélé très rentable, mais il n’est guère possible de poursuivre cette démarche pour un fonds d’investissement en plein développement.

Buffett va également acquérir une bonne partie d’American Express, juste après la chute de son cours suite à un scandale retentissant.

Dans la même perspective, il va acheter 5 % des actions de Walt Disney Company en 1965, qui étaient grandement sous-évaluées en bourse.

Manger des flocons d’avoine pendant les fortes spéculations

L’année 1967 a marqué l’isolement de Warren Buffett, qui a dû subir les effets des conglomérats et la flambée des actions de croissance. Les PER avaient la cote et les gérants ont bien assimilé la manipulation de cet indicateur.

C’était un cap difficile pour les adeptes de l’investissement dans la valeur. A cette époque le rendement de plusieurs fonds a franchi le cap de 100% en plaçant l’argent dans des actions spéculatives. Mais contrairement à cette tendance Buffett est resté fidèle à lui-même en citant sa fameuse phrase « nous continuons de manger des flocons d’avoine ».

Le spéculateur qui réussira mieux son coup est Jerry Tsai qui profitera amplement du marché haussier et s’installera dans son bureau au sein de Manhattan. Il adoptait une stratégie qui est à l’opposé de celle de Buffett, qui consistait à acheter et garder.

Pendant ce temps Buffett va adopter un style de vie moins tape à l’œil pour s’installer à la compagne et observer les évènements à venir.

Tsai a lancé le Manhattan Fund en 1966 et il a réussi à réunir quelque 247 millions de dollars, mais les profits réalisés par le spéculateur ne vont pas durer longtemps.

Ce qui a été souligné par la suite par Buffett dans une lettre envoyée à ses actionnaires. Après la hausse du marché, celui-ci va connaître une accalmie et pour Buffett c’était une période qui présente peu d’opportunité pour un investisseur dans la valeur. C’est ce qui va le pousser à solder son partenariat.

En 1969 le montant cumulé par Warren Buffett, au cours des 13 ans d’activité, va atteindre les 26 millions de dollars alors qu’il a fait ses débuts avec un capital de 105 000 dollars. Une nouvelle phase va s’ouvrir pour cet investisseur.

Ce dernier va s’orienter vers l’acquisition et la restructuration de Berkshire Hathaway qui deviendra par la suite un fonds d’investissement mythique.

Après sa correspondance avec ses actionnaires entre 1950 et 1960, Buffett fera de même avec les partenaires de Berkshire Hathaway.

Entre 1950 et 1960 le courrier rédigé par le milliardaire américain confirme sa stratégie d’investissement qui a demeuré inchangée. Il n’était pas adepte du momentum ou du market timing.

Néanmoins son approche a connu une certaine évolution mais tout en misant toujours sur la valeur. Il ne se laisse pas influencer par la formation d’une bulle spéculative.

Son approche est toujours d’actualité de la même manière qu’elle l’était dans les années 50 et il continue d’inspirer les investisseurs de nos jours.