Berne dissèque les effets du franc fort

Berne dissèque les effets du franc fort

La Suisse étudie l’appréciation du Franc, et au total six études ont été menées dans ce sens en vue d’évaluer l’impact d’une telle initiative sur les aspects économiques et sociaux de la Confédération. Les premiers résultats sont positifs même si l’emploi et l’investissement vont en pâtir comme il a été annoncé par le Secrétariat d’Etat à l’économie à Berne. La force excessive du franc s’est révélée plutôt bénéfique dans l’ensemble sauf sur les points concernant l’emploi et les investissements des entreprises.

Une phase de l’histoire

Le Franc suisse est en phase d’appréciation depuis 2008, mais en janvier 2015, l’Euro a gagné en force enregistrant un nouveau niveau de 1,1652 après l’abandon par la BNS du taux de plancher qui lie les deux devises. Les économistes et financiers ont souligné que, depuis les années 70, l’économie helvétique a été marquée par la puissance discontinue du Franc.

D’ailleurs les six études menées ont analysé de manière empirique la monnaie nationale en s’arrêtant sur les phases historiques traversées par l’économie suisse.

L’impact sur les importations est délaissé

Le pays a profité du franc fort comme le soulignent les spécialistes Peter Egger (KOF), Johannes Schwarzer (Council on Economic Policies) et Anirudh Shingal (World Trade Institut). D’après leur analyse du Franc, les importations ont été négligées, surtout que le prix des intrants a permis de résorber l’effet concurrentiel des exportations nationales. Il faut dire que les importations sont profitables aussi bien au consommateur final que les entreprises qui importent les matières premières et les équipements nécessaires à leur production.

L’économie suisse tient bon

Alexis Bill-Körber et Martin Eichler se sont penchés sur l’aptitude de la Suisse à résister à un choc monétaire à l’instar de l’incident de 2015. L’étude réalisée par les deux spécialistes a révélé que le produit intérieur brut se déprécie de 1,4% lorsque l’appréciation du franc atteint les 10%. Même avec ce résultat, la fédération helvétique se positionne en 27ème position parmi les 42 pays concernés par l’étude. Contrairement à ce que l’on peut croire, ce résultat est loin d’être médiocre étant donné que les exportations ne pèsent pas trop dans l’économie Suisse. Cette dernière se révèle plus résistante aux fluctuations de la demande mondiale, et de ce fait mieux, elle réalise de meilleurs résultats que le Japon et l’Allemagne.

La qualité prime

D’un autre côté, trois économistes de la Haute Ecole des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) ont étudié l’impact de la hausse du franc sur une éventuelle augmentation de la qualité des biens suisses exportés. La réponse était positive notamment pour les produits requérant des recherches ou une publicité élevée à l’instar de la construction de machines et de l’horlogerie.

Les secteurs de la chimie et le pharmaceutique prennent leur envol

La Suisse a développé des domaines économiques cruciaux, notamment la chimie et la pharma, qui ont boosté considérablement les exportations suisses, avec une part atteignant les 43% de la valeur des marchandises exportées.

Une étude menée par l’université de Bâle a précisé qu’en réalité, c’est la demande extérieure et non pas la force de la devise suisse, qui a changé la structure des exportations et ce depuis 1990. Avec la primeur qui revient aux produits chimiques, pharmaceutiques, l’horlogerie et les instruments de précision.

La Suisse est immunisée contre le «mal hollandais»

Des recherches entreprises révèlent que les économies dépendantes fortement des exportations sont plus sensibles aux crises. Mais qu’en est-il pour la Suisse?

A ce qu’il paraît, la Suisse ne risque pas de souffrir du syndrome du mal hollandais, qui fait référence à la crise des Pays-Bas dans les années 60, et qui s’est manifestée à travers une hausse considérable des charges pour les exportateurs moins productifs suite à une augmentation des salaires et de la devise locale boostée par le dynamisme de certains secteurs économiques. La fédération suisse n’est pas aussi sensible aux crises suite à la diversification géographique des entreprises et ce depuis l’an 2000.

Le marché d’emploi très affecté

Daniel Kaufmann et Tobias Renkin, issus respectivement de l’EPFZ et de l’Université de Zurich, ont remarqué que la valorisation du Franc suisse a marqué le secteur du travail avec des pertes importantes d’emploi, et ce depuis 2015. Cet impact négatif est estimé entre 4 et 5%, et c’est intimement lié au franc port et non pas à une conjoncture défavorable. La preuve est la comparaison qui a été réalisée avec des entreprises autrichiennes qui évoluent dans le même contexte conjoncturel mais un climat monétaire différent. Il faut dire que les divergences ont été remarquées trois mois après la fin du taux plancher.

Les investissements en souffrance

Le franc fort a impacté le marché de l’emploi mais aussi les investissements des entreprises. En effet trois chercheurs du KOF ont entrepris une étude qui a montré qu’entre 2015 et 2016, les investissements des structures helvétiques à exposition nette positive et qui sont plus orientées vers l’exportation, ont marqué une baisse allant de 12 à 15%. Un fait qui compromet la productivité des entreprises sur le long terme mais aussi l’ensemble de la croissance nationale.

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