Apprentissage, formation : le succès de la Suisse et du Danemark

Apprentissage, formation : le succès de la Suisse et du Danemark

La ministre du travail Muriel Pénicaud a entamé une visite en Suisse, puis au Danemark dans le but d’observer les méthodes des voisins dans le domaine de l’apprentissage et de la formation professionnelle.

Le gouvernement français est en concertation avec les partenaires sociaux après la visite de la ministre du travail dans les pays voisins, accompagnée d’une délégation de représentants syndicaux et régionaux. L’intérêt de la France face aux cas de l’Etat helvétique et du Danemark n’est pas dû à une simple curiosité.


Etudier le modèle helvétique

La Suisse affiche une excellente performance avec pratiquement du plein-emploi pour les jeunes âgés de 15 à 24 ans, comme le confirme François Garçon, enseignant-chercheur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et auteur de «Formation: l’autre miracle suisse». Les deux tiers des lycéens sont orientés vers l’apprentissage, alors que 40% des structures recrutent des apprentis. Ce qui se répercute favorablement sur l’emploi des jeunes. D’ailleurs le chômage qui touche cette tranche en Suisse, est trois fois plus bas qu’en France.

Des pays comme la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche ont développé une culture d’apprentissage qui fait partie intégrante de leur mode de vie. Le cursus d’apprentissage est effectué dès l’âge de 15 ans et il couvre les différents domaines d’activité que ce soit la charpenterie, la finance ou autres. On trouve des apprentis dans les PME comme dans les plus grandes structures et qui sont valorisés de la même manière que ceux qui suivent la filière classique. Parmi les profils qui illustrent le succès de cette démarche, il y a le patron de la banque suisse UBS, Sergio Ermotti qui a arrêté son parcours scolaire à l’âge de 15 ans pour commencer son apprentissage. C’est aussi le cas de l’ex-chancelier allemand, Gerhard Schröder.

François Garçon estime qu’un tel modèle est difficilement exportable, car il faut changer d’abord les mentalités avant de le mettre en application en France. En effet la succession des gouvernements et la multiplication des réformes restent inefficaces en France avec l’apprentissage qui a du mal à s’imposer, même si l’alternance a gagné du terrain en 2016. Depuis 2014, une stagnation marque le nombre de personnes qui ont opté pour l’apprentissage, avec une portion qui ne dépasse pas les 300’000 nouveaux inscrits annuellement. Les chiffres officiels annoncent quelque 400’000 apprentis soit 7% seulement parmi les jeunes de 16 à 25 ans, ce qui représente deux fois moins que le nombre recensé en Suisse ou en Allemagne.

Le problème derrière une telle situation est le système éducatif comme le précise Bertrand Martinot, délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle. 70% des jeunes sont orientés vers les lycées pro, alors qu’ils auraient pu opter pour des CFA. L’intégration des jeunes issus des CFA est bien meilleure. Il souligne également qu’il faut plus d’association et d’implication des structures.


Engagement du Danemark dans la voie de la formation professionnelle

Le Danemark adopte la politique de la flexisécurité, soit la flexibilité pour les entreprises et la sécurité pour les employés. Le pays valorise la formation professionnelle continue qui est indispensable pour s’adapter aux changements et développer la réactivité aux mutations. Les collaborateurs bénéficient des formations pendant les heures du travail, tandis que leur financement est pris en charge par le ministère du travail, les structures et les employés.

Le Danemark occupe la première position en tant que pays formateur et ce conformément au classement de l’OCDE. En effet 66% des danois âgés entre 25 et 64 ans ont suivi une formation au cours de l’année. Le cas est similaire pour les Suédois et les Finlandais, alors que pour les Français la part est deux fois moindre. 

Le système existant en France est défavorable pour l’apprentissage des personnes les moins qualifiées. Ceux qui en bénéficient sont des employés plus qualifiés occupant une position dans une grande entreprise, au moment où ils n’en ont pas vraiment besoin. En effet les chiffres révèlent que 68% des cadres profitent annuellement d’une formation, tandis que pour les ouvriers, la part ne dépasse pas les 37%. Un autre problème se pose relatif cette fois à la qualité de la formation qui n’est pas compatible avec les besoins spécifiques des entreprises.

De son côté Mathilde Lemoine, professeur à Sciences Po et membre du HCFP, précise qu’une évolution soutenue marque les différentes professions et dès lors il faut que les formations professionnelles se focalisent plus sur les compétences. Les employeurs sont invités à permettre à leurs collaborateurs de suivre des formations dans les secteurs qui ne leur serviront pas dans l’immédiat. Il faut assurer un vrai accompagnement aux salariés. La politique Danoise dans ce domaine s’est révélée performante, comme le confirme le taux de chômage qui est le plus bas en Europe.